Les quatre familles d'options
Derrière les noms commerciaux, on retrouve quatre façons d'utiliser l'IA générative dans une structure professionnelle.
- Le service en ligne grand public : l'assistant que chacun peut ouvrir dans un navigateur, gratuit ou sur abonnement individuel.
- L'offre entreprise d'un grand fournisseur : ChatGPT Enterprise chez OpenAI, Microsoft 365 Copilot intégré à la suite bureautique, ou leurs équivalents. Contrat professionnel, administration centralisée, engagements sur l'usage des données.
- Le cloud européen ou souverain : des modèles, souvent ouverts, hébergés par un prestataire européen, idéalement qualifié SecNumCloud par l'ANSSI.
- L'IA locale : un modèle ouvert installé sur un serveur situé dans vos locaux, exploité sans fournisseur tiers dans la boucle.
Le tableau comparatif
| Critère | Grand public | Offre entreprise (ChatGPT Enterprise, Copilot…) | Cloud européen ou souverain | IA locale |
|---|---|---|---|---|
| Où vont les données | Chez le fournisseur, souvent hors UE | Chez le fournisseur, parfois hébergées en UE | Chez un prestataire européen, en UE | Nulle part : elles restent chez vous |
| Réutilisation pour l'entraînement | Possible selon conditions et réglages | Généralement exclue par contrat | Exclue par contrat | Impossible par construction |
| Juridiction et lois extraterritoriales | Forte exposition si fournisseur non européen | Exposition présente si fournisseur soumis au droit américain | Faible, nulle si SecNumCloud | Nulle vis-à-vis d'un fournisseur |
| Compatibilité avec le secret professionnel | Incompatible avec des données de dossier | Au cas par cas | Envisageable avec garanties adaptées | La plus favorable |
| Performance des modèles | Modèles les plus avancés | Modèles les plus avancés | Bons modèles, souvent ouverts | Modèles ouverts, selon le matériel |
| Structure de coût | Gratuit ou abonnement individuel | Abonnement par utilisateur, souvent avec minimum | Abonnement ou consommation | Investissement matériel initial, puis exploitation |
| Maintenance | Aucune | Aucune | Faible | À assurer : mises à jour, sauvegardes, supervision |
| Dépendance | Forte : conditions modifiables par le fournisseur | Forte : tarifs, conditions et modèles décidés par le fournisseur | Moyenne : modèles ouverts, prestataire remplaçable | Faible : modèles ouverts, matériel à vous |
| Fonctionnement hors connexion | Non | Non | Non | Possible |
Les forces et les limites de chaque option
Les offres entreprise des grands fournisseurs
Leur atout est clair : l'accès aux modèles les plus puissants, sans aucune maintenance, avec une intégration poussée dans les outils déjà utilisés. Elles conservent un avantage net sur le raisonnement complexe et les problèmes à plusieurs étapes. Leur limite tient à la juridiction : OpenAI et Microsoft sont des entreprises américaines, en principe soumises au Cloud Act, qui permet aux autorités américaines d'exiger les données sous leur contrôle, où qu'elles soient stockées. Un hébergement en Europe ne supprime pas ce risque, et le Data Privacy Framework, confirmé en première instance par le Tribunal de l'Union le 3 septembre 2025 mais visé par un pourvoi toujours pendant, encadre ces accès sans les supprimer.
Le cloud européen ou souverain
Il réduit fortement l'exposition extraterritoriale, surtout avec un prestataire qualifié SecNumCloud, dont le référentiel en version 3.2 comporte des critères d'immunité aux lois non européennes. Les données restent toutefois confiées à un tiers, ce qui doit être analysé au regard du secret professionnel et, en santé, de la certification HDS du prestataire. C'est d'ailleurs la voie retenue par le Conseil supérieur du notariat, qui a annoncé le 9 juillet 2026 un partenariat avec Mistral AI appuyé sur une infrastructure de l'hébergeur français Scaleway.
L'IA locale
C'est la seule option où aucune donnée n'est communiquée à un fournisseur. La CNIL indique, dans ses questions-réponses de juillet 2024, que lorsque l'usage implique des données personnelles ou des documents sensibles, il est généralement plus approprié de privilégier des solutions sur site. En santé, l'Agence du numérique en santé indique qu'un établissement qui héberge lui-même les données de ses patients n'a pas à être certifié HDS, sous réserve d'examiner le cas d'un prestataire qui administrerait le système pour son compte.
- Raisonnement complexe : un modèle ouvert sur un serveur de cabinet ne rivalise pas sur tous les terrains avec les meilleurs modèles en ligne.
- Actualité : un modèle local ne connaît que ce que vous lui donnez et ce qu'il a appris.
- Dimensionnement : le temps de réponse dépend directement du matériel choisi et du nombre d'utilisateurs simultanés.
- Exploitation : mises à jour, sauvegardes et supervision sont à assurer, en interne ou par un prestataire.
En revanche, pour l'essentiel des tâches quotidiennes des professions du secret (synthèse de pièces, première rédaction à partir de vos trames, reformulation, traduction, extraction de dates et de montants, comparaison de versions, recherche en langage naturel dans vos archives), les modèles ouverts récents sont tout à fait performants. Sur ces usages, la qualité dépend autant de l'organisation de vos documents que de la taille du modèle.
Quand choisir quoi
| Votre situation | Option la plus adaptée |
|---|---|
| Usages sans aucune donnée confidentielle : veille, recherche sur sources publiques, rédaction générique | Offre entreprise d'un grand fournisseur, encadrée par contrat |
| Données personnelles courantes, sans secret renforcé, besoin de puissance maximale | Offre entreprise avec contrat article 28, analyse des transferts et AIPD, ou cloud européen |
| Données couvertes par le secret professionnel, médical ou des affaires | IA locale, ou cloud souverain qualifié après analyse au regard du secret |
| Données de santé de patients | IA locale exploitée par l'établissement, ou prestataire certifié HDS pour l'activité concernée |
| Sites isolés, besoin de continuité sans connexion | IA locale, seule option fonctionnant hors connexion |
Combiner plutôt que choisir
Pour beaucoup de structures, la réponse raisonnable est mixte : un service en ligne sous contrat pour les tâches sans données confidentielles, et une IA dont vous maîtrisez l'hébergement pour tout ce qui touche aux dossiers. La charte d'usage fait le lien entre les deux en indiquant, pour chaque outil, le niveau d'information qu'il peut recevoir.
Un détail technique facilite cette combinaison : une IA locale qui expose une interface de programmation compatible avec celle d'OpenAI peut être branchée sur de nombreux outils existants, et une même application peut alors basculer vers le serveur interne pour les données sensibles. C'est l'architecture que propose Clausura : serveur dans vos locaux, interface web de type ChatGPT, API compatible, recherche dans vos documents, option hors ligne.
Les questions à poser à tout fournisseur
- L'exclusion de l'entraînement figure-t-elle au contrat, et pas seulement dans un réglage ?
- Un accord de sous-traitance conforme à l'article 28 du RGPD est-il signé et négociable ?
- Combien de temps les prompts et documents sont-ils conservés, y compris dans les journaux de sécurité ?
- Qui peut accéder aux contenus, depuis quels pays, et le fournisseur est-il soumis à un droit extraterritorial ?
- Que deviennent vos données et vos index en fin de contrat, et pouvez-vous changer de prestataire sans tout reconstruire ?
- Pour une IA locale : qui assure les mises à jour, les sauvegardes et la supervision, et avec quel accès à vos données ?
Questions fréquentes
Une IA locale est-elle aussi performante que ChatGPT ?
Pas sur tous les terrains. Les meilleurs modèles en ligne gardent un avantage en raisonnement complexe. Pour la synthèse, la rédaction à partir de trames, la traduction, l'extraction d'informations et la recherche dans vos documents, les modèles ouverts récents sont tout à fait performants.
ChatGPT Enterprise ou Copilot hébergés en Europe sont-ils confidentiels ?
Ils offrent des garanties contractuelles nettement supérieures aux versions grand public. Mais leurs éditeurs sont américains et en principe soumis au Cloud Act, qui vise les données sous leur contrôle où qu'elles soient stockées. Pour des informations couvertes par le secret professionnel, ce risque résiduel doit être pesé explicitement.
Une IA locale coûte-t-elle plus cher ?
La structure de coût est différente : un investissement matériel au départ, puis des coûts d'exploitation, au lieu d'un abonnement par utilisateur. La comparaison doit se faire en coût total sur plusieurs années, selon votre nombre d'utilisateurs et vos usages.
Peut-on utiliser à la fois une IA locale et un service en ligne ?
Oui, et c'est souvent la meilleure solution. La charte d'usage indique quel outil peut recevoir quel niveau d'information : le service en ligne pour les tâches sans données confidentielles, l'IA locale pour les dossiers.
Qu'est-ce que SecNumCloud apporte par rapport à un simple hébergement en France ?
SecNumCloud est une qualification de l'ANSSI dont le référentiel en version 3.2 comporte des critères d'immunité aux lois extraterritoriales non européennes (siège, capital et contrôle du prestataire dans l'Union). Un simple hébergement en France ne garantit rien sur ce point si le prestataire est soumis à un droit étranger.
Selon votre métier
À lire aussi
Sources
- CNIL, Questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative (juillet 2024)
- CNIL, Comment déployer une IA générative ? (18 juillet 2024)
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), EUR-Lex
- Décision d'exécution (UE) 2023/1795 (Data Privacy Framework UE-États-Unis), EUR-Lex
- Tribunal de l'UE, 3 septembre 2025, Latombe c. Commission, T-553/23, communiqué de presse
- 18 U.S.C. § 2713 (CLOUD Act), Legal Information Institute
- Congressional Research Service, FISA Section 702 and the 2024 RISAA
- ANSSI, FAQ qualification SecNumCloud
- Agence du numérique en santé, certification des hébergeurs de données de santé
- Code de la santé publique, article L1111-8, Légifrance
- Conseil supérieur du notariat, partenariat avec Mistral AI et Scaleway (9 juillet 2026)
- Code de commerce, article L151-1 (secret des affaires), Légifrance
Information générale à jour à la date indiquée, qui ne constitue pas un conseil juridique.